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L'Appartenance ethnique de la population slave en Macedoine , refletee dans la Literature francaise

äàòà: 07 Ìàé 2001 ã. , àâòîð: Acad.Veselin Traykoff

The autor described many evidencies about the Bulgarian Etnicity of the macedonian slavs in the French literrature...

L’APPARTENANCE ETHNIQUE DE LA POPULATION SLAVE EN MACÉDOINE, REFLÉTÉE
DANS LA LITTÉRATURE FRANÇAISE

Prof. Dr. Vesselin Traïkov

Sofia 1999

 Vesselin Nikolov Traïkov, 1999
 Mariana Pentsheva Pentsheva - traducteur, 1999
 Jeko Alexiev Alexiev - peintre, 1999


ISBN 954-8187-43-4

La question de l’appartenance ethnique de la population slave en Macédoine a intéressé les Français depuis toujours, bien avant que cette région ne se soit transformée en foyer de luttes et de convoitise étrangère. De nombreuses publications françaises voient le jour, qui cherchent à refléter la nouvelle situation de la région. A la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle et, surtout à l’époque de l’intensification des luttes de libération des peuples balkaniques, les Français deviennent particulièrement sensibles aux problèmes liés au présent et à l’avenir de la Macédoine, région située au coeur même des Balkans, d’une importance stratégique pour cette partie de l’Europe.
Appartenant à la plume d’auteurs français, les publications examinent cette problématique sous ses divers aspects, analysant une vaste gamme de problèmes concernant la région. Or, dans notre exposé, nous n’avons pas l’intention d’approfondir les aspects politiques, économiques et militaires de la question de Macédoine, des dizaines d’hommes politiques, d’économistes ou de militaires ayant suffisamment épluché le sujet. Nous nous proposons d’examiner ce que pensent les chercheurs français du caractère et de la composition ethnique de la population, en ne choisissant que des auteurs, connus pour leur objectivité et leur impartialité, qui cherchent la vérité historique, sans se laisser influencer par des considérations politiques, et non pas des auteurs qui, sans connaître la réalité, se contentent d’interpréter des positions étrangères.
Par conséquent, nous nous arrêterons sur une catégorie d’auteurs qui, à la suite de leurs occupations, ont eu la possibilité de faire plus amplement connaissance avec les problèmes de la région. Les uns ont séjourné en Macédoine pour un plus bref ou plus long délai, les autres y ont résidé pendant plusieurs années, ce qui leur a permis de se forger une opinion personnelle sur le caractère et la composition ethnique de la population. Il s’agit d’historiens, de diplomates, de géographes, de linguistes, de militaires, d’hommes de lettres, d’économistes, de journalistes, de médecins, d’hommes d’Eglise, etc. qui ont eu le mérite de refléter leurs impressions du moment à travers le prisme de la connaissance et de l’objectivité. Nous citerons les noms de certains d’entre eux qui jouissent d’une gloire internationale, notamment: E.M. Cousinéry, Ami Boué, Auguste Dozon, Louis Léger, Léon Lamouche, Cyprien Robert, Ubicini, Gabriel Hanotaux, Robert Pelletier, Henri Pozzi, André Mazon, André Vaillant et des dizaines d’autres. Les uns sont des membres de l’Académie Française, d’autres sont de brillants diplomates, d’autres encore appartiennent à l’élite de la science ou de la culture françaises. Il est donc intéressant pour nous de voir comment ces hommes illustres présentaient le caractère de la population slave en Macédoine, ses particularités ethniques.
Notre étude étant exclusivement axée sur les ouvrages concernant la Macédoine, le présent exposé ne s’attardera pas sur les auteurs français qui donnent une descritpion objective et talentueuse de la Bulgarie et des Bulgares, sans parler de la Macédoine et de sa population slave. Nous pouvons citer dans ce sens le grand poète Lamartine, l’éminent économiste et explorateur Jérôme Blanqui, le membre de l’Académie française Gabriel Hanotaux et beaucoup d’autres. Leurs opinions au sujet des Bulgares ne figureront pas dans cette étude, car elles concernent les habitants de la Bulgarie en général ou de certaines régions en particulier, sans s’arrêter spécialement sur quelque région de la Macédoine. Ainsi, Lamartine présente une description pénétrante des habitants du village d’Eniköi (actuellement Vetren) et d’autres localités situées sur le tracé Constantinople - Andrinople - Plovdiv - Sofia, Niš. Il compare la mentalité des Bulgare à celle des paysans suisses ou savoyards, estimant qu’ils sont complètement mûrs pour l’indépendance.1 De son côté, Blanqui décrit la peur des autorités et des brigands musulmans qui épuisent les forces vitales des Bulgares. Il critique virulemment l’Europe qui s’intéresse tant au sort des Noirs, mais ne se soucie guère de ce qu’il arrive aux chrétiens d’Europe, dans les confins de l’Empire Ottoman.2 Dans le même sens vont les observations pertinentes de l’illustre membre de l’Académie Française Gabriel Hanotaux. Dans le IV volume de son ouvrage magistral Histoire de la France contemporaine (1871-1900)3 il fait remarquer que les Bulgares sont nombreux, qu’ils savent penser, lire et se battre: une nation d’agriculteurs, d’enseignants et de soldats. Hanotaux souligne en outre que seule la liberté peut faire des Bulgares, en vertu de leurs propres lois, les générateurs les plus actifs du progrès et de la civilisation en Europe Orientale (p.309). Ces constatations sont entièrement valables pour les Bulgares macédoniens aussi, mais comme certains auteurs ne spécifient pas ce détail, ils resteront en dehors de notre étude. Et pourtant de nombreux Français donnent des détails intéressants sur les Bulgares de Macédoine, mais faute de place, nous ne pouvons pas les examiner tous: en l’occurence, nous nous contenterons de citer 38 auteurs avec leurs 47 ouvrages. Ces derniers reflètent la position objective et impartiale de la science française pendant environ un siècle et demi: ils sont tous catégoriques quant au caractère bulgare de la population slave de Macédoine. Il s’agit, comme je l’ai déjà noté, de témoignages de personnes ayant longuement séjourné en Macédoine et accumulé leurs propres impressions, ou bien, ayant étudié à fond les problèmes qui les intéressaient.
Les ouvrages que nous citons dans cette étude sont présentés dans l’ordre chronologique, selon l’année de leur parution. Ainsi, le lecteur pourra suivre plus facilement les thèses et les arguments à l’appui des diverses positions, exposés dans des dizaines d’études due à la plume des plus éminents savants français.

* * *

Evidemment, les témoins les plus fiables de la situation ethnique en Macédoine, sont ceux qui avaient eu la possibilité de faire de longs séjours dans la région. Un de ces témoins est le diplomate français, le comte de Ferrières-Sauveboeuf (1750-1814). Faisant partie de l’armée, il est chargé en 1782 d’une mission diplomatique à Constantinople. Au cours de ses voyages dans l’empire, il est frappé par l’hospitalité des Bulgares, qu’ils juge chaleureux et naturels. En 1790 paraissent ses Mémoires4 où il relate ses impressions. Outre les traits de caractère des Bulgares de l’époque, le diplomate français décrit les abus dont ils étaient victimes de la part de l’administration du sultan, des janissaires et d’autres bandes. A cette occasion, il fait remarquer qu’une partie considérable des Bulgares, obligés de fuir leurs villages pour échapper à l’arbitraire des bandes armées, s’étaient retirés dans les montagnes de la Macédoine où ils bâtirent leurs maisons. (vol. II, p. 255)
Le premier Français qui choisit spécialement la Macédoine pour y effectuer un voyage est Esprit-Marie Cousinéry, originaire de Marseille, diplomate de la carrière lui aussi, à cette époque consul général à Salonique. Passionné de monuments antiques, il consacre une grande partie de son temps à étudier la composition ethnique des villes et des villages qu’il visite. Il expose ses observations dans son livre Voyage dans la Macédoine... 5 (1831) Cousinéry décrit les nationalités qui vivent en Macédoine: Bulgares, Grecs, Turcs, Valaques, Albanais, Juifs (à Salonique). Quant aux représentants de la population slave, il les désigne comme des Bulgares, signalant qu’eux-mêmes, ils se nommaient ainsi. Malgré l’hellénophilie déclarée de Cousinéry, il a tracé assez exactement la frontière entre les Bulgares et les Grecs, la situant à proximité de Thessalonique. Les Grecs étaient plus nombreux à l’est de la ville, alors qu’à l’ouest il n’y avait que des localités bulgares, près des villes de Karaferia (Ber) et de Negouch. La population chrétienne de Voden et de l’éparchie de Voden était exclusivement composée de Bulgares. D’après Cousinéry tous les métropolites de Voden, de nationalité grecque, étaient obligés d’apprendre le bulgare, car l’éparchie qui s’étendait à Voden et à Enidje Vardar, comptait plus de cent villages dont les habitants ne parlaient que le bulgare et, en partie, le turc. Les femmes ne connaissaient que leur langue maternelle.
Cousinéry décrit également la situation à Karadjaovasi (Mâglenija), région peuplée de Bulgares musulmans. Le diplomate français était impressionné par le langage des habitants d’Eniköi qui parlaient dans leur “ancienne langue”, utilisant des formes propres au vieux-bulgare, avec une profusion de nasales. Cousinéry ne manque pas de noter un autre détail: alors que dans les villages les Bulgares n’étaient pas exposés à l’influence grecque, dans les villes et, surtout dans les métropolies grecques, ils s’efforçaient d’imiter les Grecs, de parler leur langue, se laissant peu à peu assimiler. En revanche, la population rurale sombrait dans la plus profonde ignorance (p.77). Probablement amateur de boissons, Cousinéry apprécie à sa juste valeur la qualité des vignes qui couvrent les collines autour du Vardar. Le vin produit dans la région d’Enidje Vardar était connu sous le nom de “vin bulgare” qu’on servait dans presque toutes les tavernes de Salonique (p.97-98). Il arrive à Cousinéry de faire des allusions indirectes au caractère bulgare de la population. Lors de sa visite dans le village de Paléokastro (Gradichte), il fut installé chez le paysan bulgare le plus fortuné (p.84). Les habitants du village bulgare d’Eniköi (Kireçköi), faute de terres, se rendirent en groupes en Asie Mineure, où ils faisaient le tour des provinces (p. 111-112).
De son côté, le géologue français Ami Boué (1794-1881), fils de réfugiés protestants, fournit des renseignements très intéressants. Géologue et explorateur, il a voyagé beaucoup dans la Turquie européenne, à la suite de quoi il a édité de nombreux ouvrages. Il était président de la Société de Géologie à Paris. Son ouvrage volumineux La Turquie d’Europe6 lui valut une grande célébrité. Dans le volume II, il accorde une place privilégiée aux Bulgares qu’il a l’occasion de rencontrer sur le tracé de Serrès à Salonique. A l’Est de Salonique, fait-il remarquer, ce sont les Grecs qui prédominent, mais à l’Ouest, la population est exclusivement bulgare.
Ami Boué décrit en détail son voyage à Skopje et dans les environs. Sur la place centrale de Skopje, les paysans bulgares affluaient en groupes avec leur bétail: ils vendaient du blé, du maïs, des légumes, des fruits et des poteries. Dans les champs “des paysans bulgares” moissonnaient, en chantant de tristes litanies monotones. La population de la ville était bulgare dans sa majorité, sans compter les musulmans. Plus loin, Ami Boué décrit l’important pachalik de Skopje, avec ses villes principales Vélès, Chtip et Novo selo, Kustendil, Tetovo, Doupnitsa, Koumanovo, Djumaya (Gorna Djumaya), Kratovo, Radovich et cinq vlles de moindre importance: Kriva Palanka, Katchanik, Gostivar, Strumica et Petritch. La population du Pachalik de Skopje comptait quelque 500 000 - 600 000 habitants dont la majorité étaient des “Bulgares et des chrétiens”, de même que leurs villages (I, p. 209, sq). Lors de ses voyages, Boué rencontrait des processions de Bulgares de Skopje qui se rendaient dans la capitale turque (I, p. 48). La ville de Tetovo ou Kalkandelen, peuplée de Bulgares et d’Albainais, comptait 4000 - 5000 habitants environ. Il y avait un marché musulman et un marché bulgare où se trouvait une belle auberge entourée d’une vaste cour, qui proposait des chambres aux voyageurs. (I, p. 37) Gostivar était une petite ville dont la population était composée de Turcs et de Bulgares: quelque 1500 habitants. Les environs étaient parsemés de villages bulgares, les Bulgares ayant choisi de s’installer au pied de la montagne Char (I, p. 109). Ami Boué décrit également comme villes bulgares Kumanovo (Jegligovo), avec 3000 habitants bulgares, Kriva Palanka, comptant environ 2000 - 3000 habitants, où Ami Boué a été installé chez de “braves Bulgares”, Chtip (15 000 - 20 000 habitants), où le voyageur français a séjourné chez un “Bulgare riche” qui lui a proposé deux chambres confortables avec un divan et de belles couvertures. Il insiste sur le caractère exclusivement bulgare de la population des villes de Kratovo, Kavadarci et Prilep (outre les musulmans), et décrit les paysans bulgares qui moissonnent dans les champs.
D’autre part, Boué donne une description très détaillée de la ville de Bitolja qui comptait alors 40 000 habitants. Elle était le centre d’un pachalik de 300 000 habitants, surtout des Bulgares, auquel appartenaient les villes de Vélès, Prilep, Kostur, Chatichta, Bojani, Kortcha, Kitchevo, Kavadarci, Lerin, Kaylari, Prespa, Ostrovo et Serviya. Boué s’arrête plus en détail sur Ressen et Prespa, peuplées dans leur majorité de Bulgares. L’auteur accorde également une place privilégiée à Ohrid qu’il compare, par sa situation géographique à Genève. La majorité de la population était bulgare, qui cohabitait avec des Zinzares, des Albanais et des musulmans. Les Bulgares étaient également majoritaires à Strouga, Kitchevo, Lerin et Kostur, où résidaient beaucoup de Grecs. Voden comptait 7000 - 8000 habitants dont la plupart étaient des Bulgares. La même situation se présentait à Enidje-Vardar. Après avoir fait le tour de Niš et traversé la vallée de la Morava bulgare, Boué s’est dirigé vers la ville de Gorna Djoumaya, au Sud, peuplée exclusivement de Bulgares.
Ami Boué distinguait très bien les peuples qui habitaient à cette époque la Turquie d’Europe. Cherchant à préciser le nombre de la population de cette partie de l’Empire, il constata que la Turquie européenne comptait quelque 9 861 000 habitants dont 4 500 000 Bulgares. En dehors de la Mésie et de la Thrace, ils formaient le principal noyau de la population de Macédoine, à l’exception du Sud-Ouest de Kostur, jusqu’à la Bistritsa. Il insiste sur le fait que les montagnes situées entre Lerin et Kostur, entre Kaylari et Chatichta, entre Ostrovo et Vereya et entre Voden et Negouch délimitaient le territoire où l’on ne parlait que bulgare du territoire où “le grec est la langue du paysan” (vol. II, p. 5). Les descriptions qu’il donne des habits spécifiques des paysans bulgares des différentes régions de la Macédoine, ainsi que de sa maîtrise à labourer la terre, sont très intéressantes.
Nous trouvons de nombreux renseignements sur la composition ethnique de la population slave en Macédoine chez Cyprien Robert. Homme de lettres français, professeur de linguistique et de littérature slave au Collègue de France, il rédige nombre d’ouvrages fondamentaux à ce sujet. Une de ses oeuvres très connues parmi les chercheurs est intitulée Les Slaves de Turquie, une édition bien appréciée par les générations suivantes de slavisants. Robert enrichit ses connaissances non seulement au moyen de ses occupations théoriques, mais aussi grâce à son séjour de pluieurs années dans les Balkans et de ses contacts quotidiens avec la population slave. L’édition de 1852 de Robert est consacrée exclusivement aux Bulgares. Il fait remarquer qu’ils formaient la partie majoritaire de la population de Macédoine où la principale langue étaient le bulgare, que des groupes de Bulgares s’étaient installés en Albanie Orientale et, même plus loin, au Sud. L’auteur français explique cette capacité d’infiltration des Bulgares par sa nature travailleuse. “Il (le Bulgare) préfère les villages aux villes, qu’il abandonne volontiers aux Hellènes; il reste inaperçu, mais il n’en forme pas moins la plus nombreuse de toutes les races qui habitent la Turquie d’Europe, sans excepter même les Grecs” (p. 230-231).
Cyprien Robert cherche à s’expliquer une autre circonstance qui avait préoccupé les savants: pourquoi le nom de Bulgarie ne désignait-il que la région située entre le Danube, la chaîne du Balkan et la Mer Noire. Il en trouve l’explication dans la politique rusée des Turcs qui faisaient exprès de confondre les frontières des peuples asservis, pour les empêcher de se distinguer entre eux. Partant de ses recherches sur place, Robert souligne que la Bulgarie entière était divisée en cinq ou six provinces différentes dont chacune avait un chef-lieu de 30 000 à 50 000 habitants: Philippopolis (Plovdiv), chef-lieu de la Thrace, Varna, chef-lieu de la Dobroudja, Vidin, chef-lieu de la Bulgarie Danubienne, la “Bulgarie supérieure” où, entourée de montagnes, se dresse la “cité antique et sainte” de Sofia et, enfin, la Bulgarie macédonienne dont la capitale est Serrès. De cette manière la Bulgarie débouche sur deux mers: grâce au port de Varna elle échange des marchandises avec l’Asie et la Russie et grâce à Serrès, elle a accès à la Grèce et à tous les ports d’Europe méridionale (p.234). Ayant tracé ainsi les frontières ethniques du peuple bulgare - entre le Danube, la mer Noire et la mer Egée - le chercheur français ajoute que les Bulgares ont été frappés par un mauvais sort. Ce pays si bien situé sur le plan géographique, doté d’une population qui parle la même langue et dont la mentalité est foncièrement différente de celle des peuples voisins, aurait été prédestinée à former une entité politique particulière, si la force brutale n’en avait pas décidé autrement, estime l’auteur (p. 234). Ayant appris à connaître les particularités du peuple bulgare, Cyprien Robert rapporte des détails intéressants pour le lecteur français: “Aucune partie de l’Empire ottoman n’est aussi peuplée que la Bulgarie; elle abonde en villages, que le voyageur aperçoit rarement, parce qu’ils sont cachés loin des routes. Malgré tant de montagnes, malgré les neiges qui en hiver couvrent leurs versants, la Bulgarie est encore un des plus fertiles pays de l’Europe... Le peuple bulgare est le moins enclin au luxe et le plus pacifique peut-être qu’il y ait en Europe...Une fois décidé, il porte dans ses entreprises une persévérence prodigieuse qui, soutenue par une force athlétique, lui fait braver de sang-froid et sans jactance les plus grands périls. Bien qu’il soit le plus opprimé des cinq peuples de la péninsule, (p. 106) la misère ne l’a point avili... On peut en pleine sécurité lui confier sans témoins les plus grosses sommes d’argent; il les portera fidèlement à leur destination. On l’accuse de trembler devant le Turc; le Bulgare ne tremble point; mais quand toute résistance est impossible, il sait, comme tout homme raisonnable, se soumettre en silence à la force” (p. 235 sq).
Un autre historien et publiciste très connu pour ses dizaines d’ouvrages importants sur l’Empire ottoman est Jean-Henry-Abdolo¬nyme Ubicini (1818-1884). En 1846, il entreprend un long voyage dans le Sud-Est de l’Europe où il séjourne pendant trois ans. Comme tous les auteurs que nous venons de citer, il aborde dans ses ouvrages le problème du peuple bulgare. Dans son livre Lettres sur la Turquie8, il indique le nombre des Bulgares, s’élevant à son avis, à plus de 3 000 000 d’âmes (I, p.23), ce qui en fait la population la plus nombreuse de la partie européenne de l’Empire ottoman. Dans le vol. II de son livre, il s’étend assez longuement sur leur situation géographique. “Parmi les peuples de race slave, sujets immédiats de la Porte, les Bulgares tiennent le premier rang. Coupés en deux par les Balkans, ils touchent à la mer Noire et à la mer de Thrace par Bourgas et Salonique, s’étendent à l’ouest jusqu’à l’Albanie et à la Serbie, et longent le Danube au nord, depuis Feti-Islam jusqu’à Silistrie”. A son avis, les Bulgares sont forts physiquement, doués, resistants à la fatigue; ils se sont consacrés au travail agricole (p. 174-175).
Le diplomate français Eugène Poujade (1815-1885), ayant fait lui aussi la connaissance des Balkans, fait publier un livre intitulé Chrétiens et Turcs9, où il décrit les Bulgares de la Bulgarie danubienne qu’il évalue à plus de 2 500 000. Il parle également des pomaks, des Bulgares islamisés de force, qui parlent bulgare et dont certains accomplissent en secret des rites chrétiens. Outre les Bulgares au Nord du Balkan, plus de deux millions de Bulgares habitent en Macédoine et en Thrace, voire en Albanie (p. 260).
Les ouvrages du médecin français C. F. Poyet, qui a passé 23 ans en Turquie, sont intéressants et bien connus. Maîtrisant à la perfection la langue turque, au point de passer pour un Turc, il occupait un poste élevé dans l’administration et avait gagné la confiance des gouvernants, ce qui lui permit de collecter des renseignements précieux. Il expose une partie de ses impressions dans son étude La Bulgarie dans le présent et l’avenir.10 Poyet indique qu’à l’époque où il écrit son livre, les Bulgares constituent la partie la plus nombreuse de la population de la Turquie d’Europe. Ils sont dotés d’une excellente santé et d’une vitalité exceptionnelle. Comme à cette époque le nom de “Bulgarie” ne s’applique qu’à la région situé entre le Danube et la Stara Planina, le médecin français précise que la Bulgarie c’est aussi la Thrace et la Macédoine, “en un mot les quatre cinquièmes de la Roumélie, où vit un peuple avec son langage particulier, ses moeurs à part et qui repousse avec énergie toute tendance d’agrégation à un autre peuple” (p. 4). Plus loin, Poyet décrit les traits physiques et le caractère des Bulgares de toute la région ethnique, avant de conclure: “Aujourd’hui les Bulgares constituent un groupe bien distinct dans l’Empire Ottoman. Ils ont non seulement manifesté leur caractère propre, mais ils se sont encore associés au mouvement intellectuel européen” (p.5).
Un autre chercheur méritoire est le géographe Guillaume Lejean (1828-1871). Ayant effectué de nombreux voyages à des fins scientifiques dans les Balkans, il se familiarise sur place avec les particularités de ces régions et avec leur population. Particulièrement fructueuses pour lui sont les années 1857 et 1858 où il reccueille des renseignements précieux qu’il expose dans son livre L’Ethnographie de la Turquie. L’auteur accorde une place de choix aux régions macédoniennes, à son avis, presque entièrement peuplées de Bulgares, qui ont repoussé les Grecs vers la mer. Il décrit les Bulgares comme d’excellents agriculteurs, plus pacifiques que les Serbes. Ce peuple s’étend jusqu’au Danube et au Timok et occupe un territoire qui traverse la ligne des villes de Niš - Prizren - Ohrid - Kostur - Negouch - Salonique - Andrinople, jusqu’à la mer Noire. En dehors de ces frontières, on retrouve des Bulgares parmi les Albanais, les Valaques et les Grecs en Thrace, à Constantinople, dans la Dobroudja, voire en Asie et en Bessarabie sur laquelle Lejean s’arrête en détail.
Ami Boué que nous avons déjà cité décrit en 1862, dans son article intitulé Essai sur les provinces de la Turquie d’Europe12 les frontières de la Macédoine, ce qu’il fait avec une grande précision, en s’attardant chaque fois sur les particulrités ethniques. Il compare la Macédoine à un octogone, en en exceptant la Chalcidique. Partout dans son article il est question des Bulgares dont le nombre général en Mésie, en Thrace et en Macédoine s’élève à 4 000 000. A son avis, seule Salonique peut être la capitale de la Macédoine, Serrès, Bitolja, Skopje et Kustendil étant trop près de la frontière.
Les Bulgares de Macédoine ont également éveillé l’intérêt d’un autre Français: le médecin Camille Allard, qui a effectué plusieurs voyages dans ces régions et publié à cette occasion plusieurs ouvrages. Dans ses Souvenirs d’Orient13, il souligne expressément que les Bulgares habitent non seulement en Mésie, mais aussi en Roumélie et en Thrace. Tenant compte des processus d’islamisation et d’assimilation grecque, il indique qu’un grand nombre des Turcs et des prétendus Grecs ne sont en réalité que des Bulgares. (p.163)
Le nombre et la diffusion des Bulgares trouvent également leur place dans les ouvrages de Auguste Viquesnel, géologue et géographe français (1800-1867) qui a fait plusieurs fois le tour de la Macédoine, en compagnie d’Ami Boué, ou tout seul. Dans son livre Voyage dans la Turquie d’Europe14, il évalue les Bulgares à plus de 3 000 000 d’habitants, des chrétiens orthodoxes dans leur majorité, dont 60 000 musulmans et environ 40 000 catholiques. Il les situe au Sud du Danube, dans les plaines de la Thrace, en Macédoine, jusqu’en Grèce.
Un autre Français, disciple du Lycée français bien connu de Galata Saray à Constantinople, A. Synvet, après avoir étudié sur place les relations ethniques, publie un ouvrage spécial intitulé Traité de Géographie générale de l’Empire Ottoman15, qui paraît en 1872. Donnant un bref aperçu de l’histoire des Bulgares, il décrit également les régions où ils habitent: au Sud du Danube, jusqu’au Timok à l’Est et, suivant le tracé des villes de Niš - Prizren - Ohrid - Kostur - Negouch - Salonique - Andrinople. Le géographe français évalue le nombre des Bulgares à quelque 4 300 000.
Un autre chercheur français, Albert Dumon (1842-1884), est connu, non seulement pour ses occupations archéologique, mais aussi pour ses voyages en Thrace et en Macédoine. Outre les ouvrages archéologiques qu’il publie, il se consacre à l’étude des contradictions ethniques dans les Balkans. En additionnant le nombre des Bulgares qui peuplent la Mésie, la Thrace et la Macédoine, il évalue leur nombre général à environ 4 000 000, ce qu’il rapporte dans son livre Le Balkan et l’Adriatique. Les Bulgares 16, paru en 1873. Dumon admire sincèrement les qualités morales des Bulgares. “Il est facile de voir, écrit-il, qu’ils sont bons, que le père aime sa femme et ses enfants, que tous le respectent” (p. 137). De tous les peuples qui habitent la Turquie d’Europe, les Bulgares sont les plus pacifiques. Et pourtant, depuis une dizaine d’années, ils accomplissent une révolution, “ou plutôt un changement tout pacifique qui a déjà fait de singuliers progrès” (p. 129).
Un des meilleurs connaisseurs des coutumes et du folklore des Slaves balkaniques est incontestablement Auguste Dozon (1822-1891). Diplomate de son état, il travaille plusieurs années à Salonique, à Mostar et à Plovdiv. Membre de l’Institut des Langues Orientales vivantes, ayant à son actif de nombreuses études, il est aussi l’auteur du livre Chansons populaires bulgares inédites17, paru en 1875 et ayant acquis une grande popularité. Après quelques analyses linguistiques comparées, il explique les différences entre la langue bulgare et les autres langues slaves, différences qui déterminent les particularités caractéristiques de la population de Mésie, de Thrace et de Macédoine. La langue bulgare est en usage jusqu’aux frontières occidentales de Bitolja, jusqu’au lac d’Ohrid et à la région de Debar, où elle se mêle à la langue albanaise. D’après Dozon la langue bulgare est divisée en plusieurs dialectes, qu’il catégorise en trois groupes: orientaux - en Mésie et en Thrace, occidentaux ou ceux de la Macédoine du Sud, et les dialectes de la Macédoine du Nord, où l’auteur découvre des formes grammaticales proches de certains parlers serbes. D’autre part, Dozon s’étend longuement sur les chansons populaires que les Bulgares aiment chanter à chaque occasion. “A Strouga (à la frontière occidentale des régions habitées par des Bulgares, ainsi qu’explique Dozon) les jours de fêtes non solennelles, il se forme dans chaque quartier une ronde à part, mais lors des grandes fêtes, comme celle de Pâques, de la Saint-Georges, etc., toutes les jeunes filles se rassemblent dans un jardin hors de la ville et se réunissent en un branle immense, que l’une d’elles conduit en chantant” (p.XV).
Le savant et géographe français Georges Guibal consacre, lui aussi, une partie de son temps aux problèmes du peuple bulgare. Dans son étude intitulée Les Bulgares18, il explique aux lecteurs où ils habitent exactement: du Danube au Balkan, dans les plaines de la Maritza et du Vardar et le long des cours des deux Morava.
Les régions peuplées de Bulgares et leur nombre sont également examinés par Ernest Dottain, professeur à l’Université de Paris et rédacteur du journal Débats. Dans son étude La Turquie d’Europe parue en 1878 19, il indique que les Bulgares n’habitent pas uniquement la Bulgarie au sens étroit du terme (c’est-à-dire la Mésie), au Sud du Danube, mais aussi la plus grande partie de la Thrace et de la Macédoine. Ils s’étendent donc de la mer Noire à Salonique et via Bitolja et Prilep, jusqu’aux frontières de l’Albanie. Il évalue leur nombre à quelque 3 500 000. D’autre part, Dottain décrit avec admiration les hautes qualités physiques et morales des Bulgares.
Les Bulgares sont mentionnés aussi dans les ouvrages de l’éminent homme de lettres français Xavier Marmier (1809-1892), membre de l’Académie Française. Dans son livre Nouveaux récits de voyages 20, paru en 1879, il consacre plusieurs pages à la Bulgarie (p. 77-107). Après avoir passé en revue l’ancienne “histoire glorieuse de la nation bulgare”, il mentionne également les luttes communes à l’époque des Croisades, ainsi que la bataille de Nikopol du 29 septembre 1396, lors de laquelle Bulgares et Français ont combattu côte à côte contre Bajazet. Marmier souligne par ailleurs que les Bulgares ne résident pas uniquement en Bulgarie (Mésie), mais aussi en Thrace et en Macédoine jusqu’à Salonique.
De nombreux renseignements sur les Bulgares et la Macédoine nous sont fournis par le géographe français Jacques Elisées Reclus (1830-1905). Son ouvrage de 19 volumes Nouvelle Géographie universelle (1879-1894) 21 lui vaut une consécration mondiale. Au début du volume I de cet ouvrage magistral, intitulé La Terre et les Hommes22, l’auteur fournit à ses lecteurs une précieuse information sur la Bulgarie. Le géographe français insiste que, malgré la tendance de nombreux chercheurs à identifier la Bulgarie au territoire compris entre le Danube et la Stara Planina, “la véritable Bulgarie s’étend sur un territoire au moins deux fois plus considérable. Des bords du Danube inférieur aux versants du Pinde, tout le sol de la Péninsule appartient aux Bulgares, sauf pourtant les îlots et les archipels ethnologiques où vivent des Turcs, des Valaques, des Zinzares ou des Grecs” (p. 218). Ils avaient occupé au Moyen âge des territoires encore plus vastes, étant donné que l’Albanie se trouvait dans les limites de leur Etat dont la capitale était Ohrid.
En décrivant des villes bulgares telles que Gabrovo, Triavna, etc., Reclus ne manque pas de signaler les plus importantes localités de la région de Monastir (Bitolja), en citant également les villes de Bitolja, de Kitchevo, de Lerin , de Skopje, de Tetovo, de Vélès, de Prilep, etc. (p.229).
Passons à présent à un des plus éminents slavisants français, le grand érudit et brillant connaisseur des langues slaves, Louis Léger (1845-1923). Originaire de Toulouse, il se consacre à l’étude des langues slaves tout en effectuant des voyages dans les pays slaves. En 1885 il est nommé professeur, titulaire de la Chaire de Langues et de Littérature slaves au Collège de France. En 1890, il est élu membre de l’Académie. Louis Léger est l’auteur de nombreux ouvrages dont certains traitent les problèmes de la Bulgarie et plus spécialement de la Macédoine. Dans son livre intitulé La Bulgarie (1835) 23, il analyse les qualités nationales et morales des Bulgares, en soulignant qu’à la différence des Grecs ou des Serbes, ils ne revndiquent pas l’octroi de nouveaux territoires arrachés à la Turquie. Pour des considérations d’ordre économique et national, il ne réclament que le droit d’avoir une plus grande liberté dans les provinces où ils constituent la nationalité dominante (p.XIV). Il reconnaît leur histoire ancienne qui remonte au Xe siècle. Ce sont les Bulgares qui ont donné à la Russie, à la Serbie et, même à la Roumanie latine, leur langue liturgique et leur confession, une langue en usage chez tous les chrétiens orthodoxes, comme le latin pour les occidentaux au Moyen âge. Citons textuellement ce qu’écrit Léger à propos des Bulgares: “Je me sens, je l’avoue, une sympathie particulière pour ce peuple tout ensemble si vieux et si jeune qui, après cinq siècles de servitude, renaît à la vie politique et morale. J’ai eu récemment l’occasion d’aller visiter la Bulgarie et de constater par moi-même les progrès accomplis depuis le Traité de Berlin” (p. 145)
Louis Léger publie également plusieurs articles qui parraissent dans les différents volumes de la Grande Encyclopédie. Ainsi le vol. VIII (1888) a publié son article La Bulgarie24 , où il souligne expressément que non seulement la Principauté, mais aussi la Macédoine et la Roumélie sont peuplées de Bulgares, “destinés vraisemblablement à être réunis quelque jour à leurs frères affranchis” (sans compter ceux de la Dobroudja accordée à la Roumanie aux termes du Congrès de Berlin et des régions de Pirot, Niš et Vrania que le Congrès de Berlin a données à la Serbie) (p. 400).
Un autre géographe français bien connu, membre de la Société Française de Géographie, H. Castonnet-des Fosses, s’est également occupé des problèmes de la Bulgarie et, plus particulièrement de la Macédoine. Auteur de nombreux ouvrages, il consacre son étude La Macédoine et la politique de l’Autriche en Orient 25 (1889) à la région qui nous occupe. Il explique entre autres ce qu’il faudrait entendre par la notion de Macédoine. Elle ne coïncide pas avec les vilayets de Bitolja, de Skopje et de Salonique dont des parties considérables appartiennent à des régions ethniques étrangères. “Ce sont les Bulgares qui constituent, en Macédoine, la population réellement en progrès” (p. 17), souligne expressément des Fosses. L’auteur indique encore que l’élément bulgare est en train de repousser progressivement les Grecs au Sud. “Cela s’est surtout fait sentir dans la Haute Macédoine, qui est devenue un pays bulgare par la race, la langue et les moeurs”. (p. 18)
Un autre savant français, Marcel Fressneaux, dans son livre L’Orient. Les Osmanlis, chrétiens des Balkans, paru en 1892 26, accorde également une place privilégiée aux Bulgares. En examinant les diverses solutions susceptibles de régler les problèmes dans cette partie des Balkans, il fait remarquer que la région située entre la Maritza et la Strouma, y compris Dedeagaç et Kavala, est peuplée dans sa majorité de Bulgares et de pomaks (les pomaks étant des Bulgares islamisés, parlant bulgare et ayant conservé leurs coutumes nationales). Les villages de la région sont entièrement bulgares, alors que dans les villes et sur le littoral, on peut également rencontrer des Grecs. A la fin il conclut: “Ethniquement, politiquement, ce pays entier revient de droit aux Bulgares” (p. 262).
Un des meilleurs connaisseurs des problèmes liés à la Macédoine est Léon Lamouche (1860-1945), diplomate, militaire et publiciste. Disciple de l’éminent slavisant Louis Léger, il se consacre à l’étude des langues slaves dont le bulgare, entièrement inconnu à cette époque en France, ainsi qu’il le fait lui-même remarquer dans un ouvrage de 1928. Profitant de son service dans l’armée, Lamouche entreprend, à la fin du XIXe siècle, deux longs voyages dans les régions qui nous intéressent. Maîtrisant également la langue turque, il est jugé compétent de participer en qualité de représentant français à la mission européenne chargée de la réorganisation de la gendarmerie ottomane, aux termes des décisions adoptées à Mürzsteg. C’est ainsi que Lamouche se trouve durablement lié aux Balkans. Il séjourne dans les régions macédoniennes de 1904 à 1913, devenant un des meilleurs connaisseurs des graves problèmes qui bouleversent cette région mouvementée.
Léon Lamouche est l’auteur de nombreux ouvrages où il expose son point de vue. Déjà en 1892, il fait publier son livre La Bulgarie dans le passé et le présent 27. Ayant étudié en détail la situation ethnographique, le spécialiste français est bien placé pour souligner que “le peuple bulgare occupe actuellement la partie de la Péninsule des Balkans désignée dans l’Antiquité sous les noms de Moesie, Thrace et Macédoine”(p.53). Plus loin il fait remarquer que le plus important groupe de la population bulgare en dehors de la Principauté de Bulgarie est le groupe macédonien qui s’élève à quelque 1 500 000 habitants (p. 140). La frontière méridionale de leur extension traverse Voden, Salonique, Serrès et Drama, jusqu’au massif des Rhodopes (p. 144 sq.). Examinant la lutte pour une Eglise autocéphale, l’auteur s’arrête aussi sur les efforts des Bulgares de Macédoine pour obtenir des sièges de métropolites, en soulignant que les deux premiers diocèses qui avaient voté en masse pour des archevêques bulgares, étaient ceux de Skopje et d’Ohrid. Il remonte également aux règnes de Samouil, de Kaloïan et d’Ivan Assen II, comme faisant partie de l’histoire bulgare.
La question de Macédoine est soulevée de nouveau par Louis Léger dans son ouvrage Russes et Slaves 28, paru en 1896. Après avoir critiqué les affirmations d’auteurs serbes et autres, il juge objectives les cartes ethnographiques de Šafarik, indiquant que les Bulgares habitent à Salonique, à Kostur, à Ohrid, du Tchèque Joseph Erban, du russe, le général Rittich, publiée en 1885.
Parmi les Français qui ont manifesté de l’intérêt pour les Bulgares de Macédoine, il convient de citer aussi le prêtre Léopold-Louis Dupuy-Peyou, responsable des relations religieuses de la France et de la Belgique avec la Bulgarie. Il s’intéresse surtout aux catholiques en Bulgarie, mais il n’en apprécie pas moins les qualités de l’ensemble de la population bulgare. Dans son livre intitulé La Bulgarie aux Bulgares 29, paru en 1896, il exprime son admiration pour l’honnêteté, l’amour du travail et les qualités combatives des Bulgares. Vivement impressionné par la pureté des moeurs, par l’amour de la famille et la soif de connaissances, ils estime que la nation bulgare est promise à un grand avenir.
Dupuy-Peyou tâche également d’évaluer le nombre exact de la population bulgare, ce qui lui semble aisé pour la Principauté où il indique le chiffre de 3 310 713 habitants. En revanche, il juge difficile de préciser le nombre des Bulgares qui résident en dehors du pays. Une partie de la Serbie orientale est peuplée de Bulgares, ainsi que certaines régions de la Roumanie, la Hongrie, voire la Russie, dont le nombre s’élève à quelque 800 000 âmes. Dans ce contexte, il insiste tout particulièrement sur les Bulgares qui habitent en Macédoine, car leur nombre s’élève à 2 000 000. Dupuy-Peyou ne manque pas de remarquer les appétits des Serbes et des Grecs pour la région, qu’il juge illégitimes. “Les territoires occupés par les Bulgares sont les suivants: toute la Principauté de Bulgarie, la partie septentrionale de la Thrace, presque toute la Macédoine et les deux diocèses serbes de Nisch et de Pirot”(p. 127).
Les problèmes balkaniques préoccupent également le publiciste français Victor Bérard (1864-1931). Il consacre de nombreuses pages aux problèmes des Bulgares de Macédoine, en s’arrêtant aussi sur le caractère bulgare des régions macédoniennes. Son livre La Turquie et l’Hellénisme contemporain (1897)30 se voit décerner le grand prix de l’Académie Française. Ayant visité presque toute la région, il est catégorique en ce qui concerne l’origine bulgare de la population. A ce propos, il est intéressant de connaître les motivations du publiciste français: “La réponse pour moi ne saurait être douteuse, et j’en reviens toujours à ces trois mots slaves appris dans ma traversée de Macédoine: “Ia sam Bougarin” (Je suis Bulgare). Les Slaves macédoniens se disent Bulgares: Strouga est bulgare, Okhrida bulgare, et bulgare aussi Resnia. Le vilayet de Kossovo peut encore être un champ de lutte entre Bulgares et Serbes; mais, dans le vilayet de Monastir (Bitolja), les Bulgares savent bien qu’ils n’ont plus qu’un ennemi, et cet ennemi, c’est l’Hellène”(p. 222). En énumérant les qualités du Bulgare, Bérard précise qu’il ne compte que sur ses propres forces, sur son Eglise, sur sa propagande et sur ses écoles. Il admire aussi sa persévérance et son opiniâtreté, périphrasant un proverbe bulgare selon lequel le Bulgare chasse le lièvre sur sa charrette de boeuf, mais finit toujours par l’attraper (p. 222). Plus tard, pour diverses raisons, Victor Bérard a tendance à “politiser” excessivement ses analyses et, adoptant les positions grecques, il attribue l’apparition d’une propagande bulgare en Macédoine à la politique russe et à l’Exarchat. Il ne parle plus de Bulgares en Macédoine, mais de “Slaves”, semblant avoir complètement oublié la circonstance que des années avant l’orientation de la politique russe vers la Macédoine, encore au début du XIXe siècle, des auteurs originaires des régions macédoniennes écrivent des livres en langue bulgare, où ils se proclament Bulgares.
Ayant déjà à son actif plusieurs livres sur la Macédoine, en 1899, Léon Lamouche fait publier un nouveau livre La Péninsule Balkanique31. Il s’agit d’un cours universitaire que Lamouche a donné à l’Université de Montpellier. L’auteur y a réservé une place de choix à la Macédoine. Il indique entre autres, qu’après 1878, les Serbes se livrent à des débats acharnés, s’évertuant à nier complètement le caractère bulgare de la région. Lamouche reconnaît qu’avant 1878, aucun chercheur n’avait contesté le caractère bulgare de la population macédonienne. Les plus éminents spécialistes en la matière comme Lejean, Ami Boué, Kanitz, Jireèek et d’autres, ont toujours souligné à l’unanimité l’appartenance bulgare de la population. Mais les décisions du Congrès de Bucarest de 1878 ont eu une répercussion négative sur la tournure des événements.
En analysant certaines références historique attestant le caractère bulgare de la Macédoine, Lamouche s’accroche à l’”argument philologique”, “beaucoup plus sérieux”, à son avis, “car si la langue ne constitue pas d’une façon absolue la nationalité, elle en est, tout au moins, le seul signe incontestable et il faut reconnaître que dans la pratique, langue et nationalité se recouvrent presque toujours exactement” (p. 25). Notant les particularités des différents parlers macédoniens, il souligne expressément qu’ils portent tous les signes de la langue bulgare.
Un autre auteur français, Georges Gaulois, formule des impressions et des définitions intéressantes à propos du Bulgare macédonien et de la place qu’occupe sa libération dans la politique bulgare, dans son étude Bulgarie et Macédoine (1902)32. L’auteur souligne que la Macédoine est bien présente dans la pensée et l’âme de chaque Bulgare. “L’idée macédonienne est nationale; on peut même dire qu’elle est la seule idée nationale des Bulgares et, de ce fait, elle acquiert une grande force” (vol. 6, p. 75). Il en est tout autrement en ce qui concerne la Serbie: “La Macédoine n’est pas seule à occuper les esprits. La pensée des Serbes va d’abord aux frères d’Autriche, et surtout avec une ardeur irrésistible à ceux de Bosnie et d’Herzégovine. Elle s’attache sans doute à la Vieille-Serbie turque et rejoint, au-delà, le Monténégro; mais elle a peine à se fixer sur la Macédoine où ne l’attirent depuis quelques années que les combinaisons des politiciens”. Quant aux Grecs, leurs aspirations sont encore plus dispersées: elles s’étendent à la Crète, à l’Epire, aux îles, à Chypre, à Constantinople. Dans la “Megali idea” des Grecs, la Macédoine occupe une certaine place, qui est loin d’être prépondérante. Or, pour les Bulgares les choses se présentent différemment. La Principauté de Bulgarie compte trois millions et demi d’habitants dont 150 000 sont nés au-delà des Rhodopes, en territoire turc. Rien qu’à Sofia qui compte 75 000 habitants, 20 000 d’entre eux sont originaires de Macédoine. Les Bulgares macédoniens sont le plus souvent des artisans; la petite industrie et le commerce sont entre leurs mains; ils sont des épiciers, des bouchers, des maçons, des menuisiers, des ferronniers, des avocats, des professeurs, des employés, des officiers, des ministres, de hauts magistrats. Un cinquième du coprs d’officiers en Bulgarie est formé de Bulgares macédoniens.
Gaulois a justement remarqué que les Bulgares macédoniens aspiraient naturellement à vivre dans la Principauté. La plupart des disciples des lycées des Exarchats en Macédoine occupaient des fonctions dans la Principauté. Des dizaines de milliers d’ouvriers saisonniers travaillaient dans la Principauté du printemps à l’automne. Il existe dans la capitale Sofia des quartiers réservés exclusivement à des habitants de Prilep, d’Ohrid ou de Velech... Les Bulgares de la Principauté accueillaient les bras ouverts leurs frères de Macédoine: ils avaient le droit de se faire naturaliser au bout de six mois de séjour, mais les autorités se contentaient d’un délai de six semaines. Ainsi, les Macédoniens assuraient à la Principauté de la main d’oeuvre (p. 77).
Dans l’éparchie de Skopje, les Bulgares sympathisants de l’Exarchat sont plus de 200 000 contre 45 Grecs, Serbes et Valaques qui penchent en faveur du Patriarcat grec (p. 66). Au Sud, dans la région de Kostour, qui est la plus importante, il y a 150 villages bulgares de 200-400 maisons chacun.
Nous devons de multiples ouvrages au sujet de la Macédoine au célèbre journaliste et homme de lettres français Gaston-Routier. Observateur attentif des événements dans les Balkans, il publie un livre consacré à la Macédoine La Question Macédonienne 33 qui paraît en 1903, l’année de l’insurrection de la Saint-Elie. A son avis, les Bulgares forment la majeure partie de la population macédonienne, indépendamment de la présence de Grecs, d’Albanais, de Juifs, de Turcs, de Koutso-Valaques, etc. Il rédige son livre à la suite d’un séjour de deux mois et d’une enquête effectuée sur les terres bulgares en septembre-octobre 1903. L’auteur fait savoir dans la préface que son but est de recréer un tableau fidèle de la situation, après s’être entretenu longtemps avec les habitans locaux, pour se faire une impression personnelle. Gaston-Routier fait part au lecteur de sa surprise devant la vive intelligence, l’esprit ouvert, la soif de connaissances, l’attachement à la liberté, l’amour du travail, l’aspiration à la sécurité et à la civilisation, autant de qualités qu’il découvre sans cesse au sein de la population locale. Pour lui la Question macédonienne n’a pas qu’une dimension politique, c’est aussi un problème de droit et d’humanité.
Gaston-Routier soulève dans son livre une autre question qui peut présenter de l’intérêt pour nous. N’ayant visiblement pas bien compris le sens du mot d’ordre de l’Organisation Révolutionnaire Intérieure Macédono-Andrinopolitaine (ORIMA), Gaston-Routier écrit que “Depuis Stamboulof, les Macédoniens ont compris leur erreur de vouloir devenir Bulgares, ils ont donné un tout autre cours à leurs pensées et leurs aspirations sont devenues exclusivements macédoniennes. Leur mot d’ordre actuel, c’est la Macédoine aux Macédoniens.” Gaston-Routier approuve ce mot d’ordre qui pourrait recevoir le soutien de l’Europe. Il ajoute en outre que le soutien le plus sûr en faveur de ce mot d’ordre vient du gouvernement bulgare, qui est le seul à vouloir aider la population macédonienne dans les moments critiques. D’autre part, Gaston-Routier interprète ce mot d’ordre dans le sens du ralliement des efforts des différentes nationalités en Macédoine, qui doit l’emporter sur les rivalités et sur les velléités de chacune de dominer l’autre, indépendamment du nombre. Il se rend bien compte déjà à cette époque qu’il n’existe pas de nation macédonienne à part, qu’il s’agit d’une cohabitation en Macédoine de Bulgares, de Grecs, d’Albanais, de Koutso-Valaques. Mais comme elle se révèle impossible pour diverses raisons, d’ordre politique, non pas national, l’auteur en voit l’issue dans une Macédoine libre. Ce n’est qu’alors que la population pourrait bâtir un Etat puissant et devenir une grande nation. Dans la Macédoine asservie il ne pourrait y avoir que des représentants des différentes nationalités. Ainsi interprété, plus tard, ce point de vue est unilatéralement érigé en principe par les “macédonistes” au sein du Komintern. Devenu un des mots d’ordre du mouvement communiste international, il est aussitôt adopté par le communisme, dont le but est de diviser les peuples pour les mettre au service de ses intérêts consistant à édifier un pouvoir communiste mondial. On sait, qu’à cette époque, il a entamé une lutte pour détacher une partie du peuple roumain et créer une “nation moldave”, envisageant de former par la même occasion une “nation de la Dobroudja”, une “nation thrace”, une “nation macédonienne” une “nation carélienne” (détachée du peuple finnois), etc.
Les Bulgares trouvent également leur place dans les articles de l’officier supérier français Leblond. Il analyse les particularités du peuple bulgare, en s’arrêtant dans une de ses études, sur leur répartition dans la Péninsule balkanique.34 Après avoir noté que la Bulgarie compte 3 733 000 habitants, il s’empresse d’ajouter que le peuple bulgare s’étend bien au-delà des frontières politiques de la Principauté, jusqu’en Albanie et en Thrace et “forment la plus grande partie de la population de la Macédoine” (p. 40). L’auteur analyse en détail les traits de caractère des Bulgares, des traits communs au vaste territoire qu’ils occupent.
Nous avons déjà cité plus haut quelques ouvrages de Léon Lamouche. En 1904 il fait publier une brochure sous le pseudonyme de L. L. Millé; intitulée Une Solution de la Question Macédonienne.35 Entretemps l’auteur a fait connaissance avec l’ouvrage de Vassil Kantchev La Macédoine. Ethnographie et statistique, qu’il apprécie hautement. Lamouche souligne le rôle de l’Exarchat qui a réussi à maintenir son autorité non seulement sur les Bulgares déjà libres, mais aussi sur les diocèses bulgares étant demeurés sous le pouvoir ottoman. Ainsi, l’Exarchat avait contribué à sauvegarder certains privilèges, surtout dans le domaine de l’instruction. Il est d’avis que l’existence d’une institution religieuse autonome a favorisé le développement des écoles et de l’instruction publique. Soutenu par l’action bénéfique de l’école, l’Exarchat représentait la force principale de la région. D’autre part, “les Bulgares libres ne pouvaient assister froidement à des actes qui semblaient avoir pour but final la destruction systématique de la partie de leur race qui habite en territoire ottoman”. La brochure n’est pas longue, mais Lamouche réussit à convaincre le lecteur du caractère foncièrement bulgare de la population slave en Turquie.
Nous sommes en présence d’observations intéressantes sur la Bulgarie et les Bulgares, exposées par le publiciste français, spécialiste en affaires du Proche Orient, L. de Lonay, dans son livre intitulé La Bulgarie d’hier et de demain 36. Il est au courant de l’ignorance qu’affichent ses compatriotes au sujet de cette nation; ils ne connaissent effectivement que très peu de choses sur les Bulgares: pour eux la Bulgarie est un pays plutôt brutal et barbare, qui n’a droit qu’à quelques clichés du genre: “Les défilés enneigés de Chipka”, “Le siège de Pleven”, la “Terreur de Stambolov”, “La férocité des détachements bulgares en Macédoine”. De Lonay insiste, non sans ironie, sur la méconnaissance de la situation réelle dont fait preuve l’opinion française: “La vraie Bulgarie, celle qui travaille et qui prospère, la jeune nation robuste, intéressante par ses progrès et par ses efforts, qui a su, en un quart de siècle, se mettre au niveau des vieux pays européens, on ne la connaît pas” (p. 1). A présent, dit l’auteur, on a appris à connaître les vertus militaires de ce peuple, qui entreprend difficilement quelque chose de nouveau, mais qui s’adonne entièrement à son travail.
Quant à la question qui nous intéresse, De Lonay fait remarquer que les Bulgares doivent obligatoirement déboucher sur la Mer Egée, de Dedeagaç jusqu’à Kavala, y compris Salonique. Il insiste sur la nécessisté d’inclure dans les confins de la Bulgarie toute la Macédoine, depuis le lac de Prespa jusqu’au lac d’Ohrid, avec les belles et riches régions de Bitolja et de Voden, qui furent, au Moyen âge, les centres du povoir bulgare. L’auteur français va jusqu’à envisager quelque compromis avec les Serbes à propos de Pirot ou de Skopje, bien qu’il s’agisse de villes bulgares, et avec les Grecs à propos des régions situées au nord de la Thessalie... (p. 462). Le livre de De Lonay témoigne d’une profonde connaissance des coutumes des Bulgares, de leur esprit pacifique qui, mis à l’épreuve, risque d’éclater avec une force peu commune contre l’agresseur étranger, ce qui a été prouvé par les 25 dernières années de développement des Balkans.
Un autre livre français concernant la question qui nous intéresse a pour auteur l’officier L. Lassence, militaire, spécialiste des problèmes balkaniques. Son ouvrage intitulé A travers la Question d’Orient paraît en 1910.37 Il fournit également des détails intéressants sur l’extension ethnique des Bulgares, en notant qu’ils habitent la Bulgarie (la Mésie), la Roumélie Orientale et la majeure partie de la Macédoine où il ils cohabitent avec des Turcs. Plus loin, Lassence parle de leur région et de leur langue, en faisant remarquer à l’intention du lecteur français qui ne les connaît pas, que leur langue, leur religion, leurs traditions et leurs aspirations les apparentent aux Slaves (p.14).
Il est intéressant de remarquer par ailleurs les impressions sur les populations balkaniques exprimées par des prêtres français qui ont la possibilité de porter un jugement impartial sur la situation réelle dans ces régions. L’un d’entre eux est Guérin-Songeon, directeur d’un ordre religieux, qui a séjourné longtemps à Plovdiv. A l’issue de son séjour, il publie sa première monographie consacrée à la Bulgarie Histoire de la Bulgarie, depuis les origines jusqu’à nos jours, parue en 1912.38 Après une description détaillée de la situation géographique du pays, l’auteur analyse les particularité ethnographiques des Bulgares. Il apprécie les qualités du paysan bulgare, son sérieux, son esprit pratique, sa persévérence au travail. Quand il arrive au nombre des Bulgares, Guérin-Songeon ne se limite pas aux habitants de l’Etat libre, mais compte aussi ceux qui habitent en dehors du pays: sur le cours de la Morava, à Pirot, en Bessarabie, à Herson, voire en Amérique ou en Australie, en précisant que le plus grand nombre de Bulgares résident en Macédoine et dans la région andrinopolitaine: 1 800 000 Bulgares (p. 19). Le clergé catholique est donc formel que la population slave en Mcédoine est bulgare par son origine, sans langue et sa conscience.
Le livre de Guérin-Songeon est précédé d’une préface intéressante, rédigée par Léon-Gustave Schlumberger (1844-1929)39, historien et archéologue bien connu en France, membre de l’Académie des Beaux-Arts. Diplômé en médecine, il s’adonne par la suite à des recherches historiques et archéologiques, publiant plusieurs études consacrées surtout au Moyen âge byzantin et à sa répercussion sur les terres bugares. Ayant fait amplement connaissance avec l’ouvrage de Guérin-Songeon, Schlumberger le recommande vivement comme étant le premier ouvrage en français qui présente intégralement l’histoire de la Bulgarie. L’éminent historien français apporte une confirmation scientifique des conclusions du prêtre catholique, qui a réussi à présenter avec objectivité la situation réelle dans le pays, y compirs la répartition ethnique des Bulgares.
Les événements qui accompagnent la Guerre balkanique se trouvent reflétés dans l’ouvrage d’un des plus illustres journalistes français de cette époque, Robert Pelletier, directeur de la Revue des Nations. Il s’agit du livre La vérité sur la Bulgarie paru en 1913.40 C’est en réalité un rapport qu’il a présenté à une conférence spéciale à laquelle se trouvait réunie l’élite scientifique et publique de Paris. L’édition contient également les questions que lui a posées l’assistance. Le but du journaliste français, ainsi qu’il l’écrit lui-même, est de sensibiliser ses compatriotes à la vérité. La vérité sur les victoires bulgares spectaculaires près de Kirk Klise (Lozengrad) et de Lüle Burgas, la vérité aussi sur leur défaite, quand ils furent obligés de battre en retraite devant la supériorité numérique de cinq ennemis. Pelletier explique que la Guerre balkanique a éclaté en 1912, pour des raisons bien différentes pour les différents pays balkaniques. L’auteur souligne que la Bulgarie n’a jamais désiré le démantèlement de la région, insistant surtout pour une constitution stipulant l’autonomie de la Macédoine aux termes du programme “La Macédoine aux Macédoniens”. En revanche, la Serbie qui affichait depuis quelques années des ambitions ouvertes à l’endroit de la Macédoine, de même que la Grèce, qui avait toujours considéré la région comme faisant partie de Byzance, voulaient la division; la Bulgarie dont le but principal était de libérer les Bulgares macédoniens des Turcs, devait dans un certain sens se résigner à quelque compromis. D’ailleurs, les conséquences en sont décrites dans l’histoire militaire de la guerre. Il est difficle d’imaginer des propos aussi élogieux sur les qualités du soldat bulgare, sur sa morale, son héroïsme à toute épreuve, engendré par un amour profond de la patrie, par la pensée de la libération imminente de ses frères étant demeurés sous le pouvoir du Croissant (p. 13).
Plus loin, Pelletier affirme catégoriquement: “Il est certain que la Macédoine, de l’aveu de tous les géographes français, allemands et anglais, est un pays slave et bulgare” (p. 17). De l’avis de Pelletier, la population de Macédoine s’élève à 1 272 000 habitants bulgares, 100 000 habitants grecs, 63 000 Koutso-Valaques et 12 000 Albanais. Les Serbes sont concentrés surtout dans la Vieille-Serbie, sans compter les serbomanes dans le Nord-Ouest de la Macédoine. Il n’existe pourtant pas d’élément serbe susceptible de légitimer l’annexion de Skopje et de Bitolja à la Serbie. Les Grecs sont également peu nombreux et occupent généralement les régions méridionales. Selon l’auteur, tous les ethnographes sont d’avis que l’immense majorité des Bulgares en Macédoine ne saurait être contestée (p. 17). Plus loin, Pelletier s’interroge s’il est acceptable que le district de Lerin, peuplé de 43 000 Bulgares et de 110 Grecs, ou le district de Voden, peuplé de 31 000 Bulgares et d’aucun Grec, se trouvent annexés par la Grèce. En connaisseur des problème, le journaliste français ne manque pas de mentionner ironiquement le district de Serrès où le nombre des Grecs est effectivement plus élevé, mais il n’en reste pas moins inférieur à celui des Bulgares: 28 000 Grecs contre 47 000 Bulgares. Le sort de ces 28 000 Grecs éveille, selon les hellénophiles, des sympathies pour la Grèce, mais Pelletier ne voit pas la nécessité de subordonner 47 000 Bulgares à 28 000 Grecs, uniquement pour la gloire de Platon (p. 19). A propos de Skopje, l’auteur écrit que, pour ses traditions historiques, sa religion, l’appartenance nationale du clergé, la ville est bien plus bulgare que serbe, d’autant plus que les Bulgares comptent 10 000 contre 350 Serbes (p. 19).
Pelletier examine également le problème de la “brutalité des Bulgares” qui a provoqué une vague d’hostilité, ayant donné jour en France à une véritable campagne bulgarophobe. Or, personne ne songe à souffler mot de la préhistoire de cette brutalité qui tient à l’infiltration de Serbes et de Grecs dans les lignes de combat bulgare, occupant leurs positions, installant des armements dans des régions qui ne leur appartenaient pas, pour repousser par la suite les Bulgares et leur arracher plus tard, ce qu’ils avaient obtenu au prix de leur sang, pendant que l’armée bulgare combattait près d’Andrinople, de Tchataldja et de Bulair afin de soutenir l’assaut des Turcs. Pelletier s’en prend également à l’armée roumaine, notant avec sarcasme qu’elle avait remporté “de brillantes victoires sur le bétail dont une grande quantité fut faite prisonnier de guerre” (p. 22), avant d’arriver à proximité de Sofia et de menacer d’occuper la capitale (p. 22). Pelletier s’arrête longuement sur les actes de cruauté, perpétrés non pas par les Bulgares, mais par leurs adversaires. Il rapporte un certain nombre de renseignements inexacts parus dans la presse française, provenant de sources grecques ou serbes. Pelletier insiste en outre sur l’urgence de faire réviser le Traité de Paix de Bucarest.
Plus loin, Pelletier donne de nouveaux détails sur les rapports ethnographiques numériques en Macédoine. Dans le district d’Ohrid, dit-il, nous sommes en présence de 1100 serbomanes contre 41 600 Bulgares, dans le district de Monastir (Bitolja), 584 serbomanes contre 98 000 Bulgares, dans la ville de Doyran, 160 serbomanes contre 3100 Bulgares, dans le district de Skopje 5800 serbomanes contre 27 000 Bulgares: voilà ce que la Serbie a pris à la Bulgarie. Il en est de même pour la Macédoine du Sud: le district de Kostour compte 57 400 Bulgares contre 11 075 Grecs, le district de Drama 11 000 Bulgares contre 3800 Grecs. Le livre de Robert Pelletier est une manifestation d’objectivité bien intéressante du journalisme français, d’autant plus que, derrière l’exposé de l’auteur, se tient le directeur d’une des éditions françaises les plus prestigieuses de l’époque, la Revue des Nations.
A la veille de la Guerre européenne, l’intérêt pour la Bulgarie et les Bulgares est en recrudescence, ce qui est à l’origine de la parution de plusieurs ouvrages très actuels, ayant une valeur scientifique incontestable. Je voudrais mentionner à cette occasion le livre d’un autre militaire français, le général Niox (1840-1921), intitulé Géographie militaire. Les pays balkaniques, paru en 1915. En décrivant l’importance du potentiel militaire bulgare dont les belligérants doivent tenir compte à son avis, d’autant plus que la Guerre européenne dure depuis deux ans, l’auteur donne certains détails au sujet des Bulgares. Comptant de 3 à 4 millions d’habitants, ils habitent la rive droite du Danube, depuis son embouchure jusqu’au Timok, les deux versants de la chaîne du Balkan, la plus grande partie de la plaine de Thrace, une partie des montagnes en Albanie, et la région de Macédoine où les villages grecs et bulgares sont à ce point mélangés qu’il est difficile de tracer une ligne de démarcation entre eux (p. 24). D’après le général français, les Bulgares forment un peuple énergique, lucide, laborieux et très courageux. Plus loin, il ajoute de nouveau que les Bulgares s’étendent à toute la Thrace et à toute la Macédoine (p. 114).
Un autre ouvrage très précieux, publié en 1917, appartient à l’éminent slavisant français, le prof. Louis Léger: Le Panslavisme et l’intérêt français.42 Le livre est écrit au moment où la Guerre mondiale bat son plein. Le lecteur est frappé dès le début par la haute morale scientifique de Léger. “Je reviens aux Bulgares. Ils ont pris rang parmi nos ennemis et nous n’avons aucune raison d’avoir pour eux une tendresse particulière. Mais le devoir des savants est avant tout de rechercher et de proclamer la vérité” (p. 12). Après quoi Léger cite ce qu’il a écrit, vingt ans auparavant, dans la Grande Encyclopédie, vol. VIII, 1888: “La Macédoine, malgré les affirmations contraires des Grecs et des Serbes, est à peu près entièrement peuplée de Bulgares. Les prétentions des Grecs et des Serbes ne sauraient prévaloir contre les constatations précises des ethnographes indépendants, tels Lejean, Kiepert, Rittich, Grigorovitch, Hilferding, Mackenzie. En réalité, le mont Char (Char Dag) indique la limite des nationalités bulgare et serbe. Les Slaves macédoniens se considèrent comme Bulgares et parlent un dialecte bulgare” (p. 12). Plus loin Léger tâche d’expliquer les origines des différends, et cela en 1917, en pleine guerre, au moment où les Bulgares sont les ennemis des Français. Quand, à l’issue du Congrès de Berlin, la Serbie se vit défintivement démunir de la Bosnie et de l’Herzégovine, certains de ses gouvernants eurent l’idée d’en chercher la compensation en Macédoine et d’opposer les Serbes aux Bulgares dans des régions exclusivement peuplées de Bulgares. Et Léger cite à cette occasion L. Niederle, selon lequel la majeure partie de la population macédonienne se considère comme bulgare. La meilleure solution selon Niederle, et Léger se range à cette opinion, est d’annexer la Vieille-Serbie à la Serbie et la Macédoine à la Bulgarie.
En recherchant les racines de cette opposition, Léger ne manque pas de dénoncer la politique de Vienne qui, guidée par le principe “divise afin de régner”, fait de son mieux pour dresser les Slaves balkaniques les uns contre les autres, dans le but de les conquérir progressivement.
Dans son étude Louis Léger ne manque pas d’énumérer une fois de plus les qualités qu’il apprécie beaucoup chez le peuple bulgare et, cela, je le répète encore, au beau milieu de la guerre, quand les Français se battent sur le front de Salonique contre l’armée bulgare. Les deux qualités qu’il estime le plus chez les Bulgares sont la patience et la persévérance. Il ajoute qu’ils sont les plus lettrés parmi les peuples balkaniques. Moins poétiques que leurs voisins serbes, moins rusés que les Grecs, ils sont les plus sérieux des Balkaniques, les plus tolérants et ils sont parvenus en des délais très brefs à réaliser de très importants progrès. “Je n’en parle pas seulement d’après les récits qui pourraient être plus ou moins mensongers, mais d’après les impressions rapportées de deux voyages dans leur pays à trente ans de distance, en 1882 et en 1912”, précise Léger en page 350 de son livre.
L’année suivante, de nouvelles éditions françaises consacrées à la Macédoine voient le jour. Un de ces ouvrages qui méritent vraiment l’attention par son analyse scientifique compétente est le livre de Léon Lamouche que nous avons déjà cité Qunze ans d’Histoire balkanique paru en 1928.43 L’étude est particulièrement précieuse du fait qu’elle paraît plusieurs années après la Première Guerre mondiale, à une époque où une campagne diffamatoire déchaînée est lancée contre la Bulgarie, non seulement par la Serbie et la Grèce, mais aussi par certaines puissances européennes qui, au cours de la guerre, ont été les ennemis des Bulgares. Lamouche souligne qu’il relate les faits non pas du point de vue politique, mais sur la base de sa propre expérience, ajoutant qu’il a été pendant six ans en contact direct, non seulement avec la population locale, mais aussi avec les autorités turques et les officiers de toutes nationalités chargées de réorganiser la gendarmerie turque. En plus, Lamouche rédige son étude après avoir appris les différentes langues parlées dans la région. Tenant compte des conséquences de la guerre ayant fortement influencé, voire modifié les opinions des journalistes, Lamouche accorde une attention spéciale à cette question. “Les écrivains français qui ont soutenu ou soutiennent la thèse serbe, même s’ils sont compétents sur certains points, ne connaissent la question qu’indirectement, n’ayant pas vécu en Macédoine, ou n’y ayant séjourné que quelque temps pendant la guerre, dans des conditions très peu favorables à un examen impartial de la situation. Ils adoptent les thèses serbes sans avoir eu la possibilité d’en vérifier la valeur” (p. 13). Contre ces allégations proserbes, Lamouche évoque un témoin aussi “compétent qu’impartial”. Il s’agit, dit-il, du prof. Mazon, successeur de Louis Léger au Collège de France, “qui partage mon avis sur le caractère ethnique et linguistique des Slaves de la Macédoine”. Et il ajoute que son regretté professeur et ami Louis Léger, si bien informé au sujet de tous les problèmes slaves, a toujours soutenu que les Slaves macédoniens sont des Bulgares. Lamouche se réfère également au grand historien et ethnographe tchèque Lubor Niederle, ayant édité un ouvrage en français, où il soutient la thèse de l’appartenance bulgare des Slaves en Macédoine. M. Rapoport, ayant vécu longtemps en Macédoine, est formel lui aussi, en ce qui concerne le caractère et le sentiment national bulgare des Slaves macédoniens. Lamouche indique encore que la nationalité bulgare des Slaves macédoniens est également confirmée par des sommités mondiales tels: Pouqueville, Ami Boué, Griesebach, Lejean, Dozon, etc., et même, par le créateur de la langue serbe moderne Vuk Kardžiæ, par Stefan Verkoviæ et V. Jagiæ.
Dans son livre, Lamouche insiste de nouveau sur la langue: un facteur catégorique qui fait pencher la balance en faveur des Bulgares. Sans entrer dans les détails, Lamouche mentionne la disparition des déclinaisons et de l’article en fin des noms. Il met surtout l’accent sur la conscience nationale, d’une intensité particulière chez les Bulgares de Macédoine. “Je puis l’affirmer, écrit-il, ayant eu la facilité de la façon la plus directe, d’en observer les manifestations” (p. 16). Ensuite l’auteur présente plusieurs témoignages historiques qui vont toujours dans le même sens: la population slave de la Macédoine se sent bulgare, ce que Lamouche a eu lui-même de nombreuses occasions de constater.
D’autre part, les renseignements que donne l’auteur sur la fondation et les activités de l’Organisation Révolutionnaire Intérieure Macédono-Andrinopolitaine (ORIMA), sont très précieux. Il indique que l’organisation englobe les Bulgares de la région d’Andrinople, une population “qui partageait le sort et les aspirations de ses frères de Macédoine” (p. 25). Il est intéressant d’examiner les explications que donne Lamouche sur la devise de l’ORIMA “La Macédoine aux Macédoniens”. Ce mot d’ordre de l’organisation a été largement exploité par la suite, évidemment d’une façon déformée, par les soi-disant “macédonistes”. Fin connaisseur de la situation réelle, Lamouche démontre la vérité, qu’il a eu l’occasion de constater grâce à son séjour prolongé au sein même de la population. Le spécialiste français précise qu’il s’agit d’un appel à tous les habitants de la région, “sans distinction de religion, de nationalité, de conviction. Son but était l’établissement d’un régime d’autonomie garantissant la vie, la liberté, les droits des habitants et permettant le développement économique et intellectuel de la région, toutes choses que les gouvernants turcs s’étaient montrés incapables d’assurer” (p. 27). La question de l’annexion à la Bulgarie n’a pas été soulevée, on disait simplement que le jour où la Macédoine obtiendrait son autonomie politique, l’avenir de la région serait déterminé en pleine liberté par ses habitants. “Malgré tout, souligne Lamouche, ce mouvement avait un caractère essentiellement bulgare. Tous ses chefs et ses adhérents se réclamaient de la nationalité ethnique bulgare” (p. 27). Selon Lamouche, les Turcs considéraient eux aussi les insurgés comme des Bulgares, sans compter que l’acharnement que mettaient les détachements grecs et serbes à combattre les détachements de l’ORIMA, montre que leurs chefs étaient du même avis. Ayans passé tant d’années au sein de la population locale, l’auteur a constaté une chose très significative: tous les obstacles, toutes les persécutions, voire les propagandes étrangères, ne faisaient qu’exciter encore davantage le sentiment national des Macédoniens. Ceux qui ont eu l’occasion de les observer de près durant la période précédant et suivant le coup d’Etat des Jeunes-Turcs en 1908, sont persuadés que, loin de manifester de l’indifférence ou de doute à propos de leur appartenance nationale, les Macédoniens se sentaient plus sûrement Bulgares que les habitants de la Bulgarie indépendante.
Plus loin, Lamouche examine en détail quelques questions fondamentales de l’histoire de la Macédoine: l’Insurrection de la Saint-Elie, la Convention de Mürzsteg, l’action européenne, le coup d’Etat des Jeunes-Turcs, le gouvernement des Jeunes-Turcs, les Guerres balkanique et interalliés, la Guerre mondiale, les buts des belligérants, le Traité de Neuilly et ses conséquences. Connaissant à fond les problèmes liés à la Macédoine, Lamouche se réfère également à des opinions d’éminents hommes publics, savants, journalistes de l’époque. Quand il examine le problème de l’entrée de la Bulgarie dans la Guerre européenne en 1915, il cite Winston Churchill qui se prononce en faveur du ralliement de la zone slave de la Macédoine à la Bulgarie à laquelle “elle appartient par la race, par l’histoire, par le traité, avec le principe des nationalités qui doit nous guider” (p. 194-195).
Un passage de l’étude de Lamouche, qui représente une sorte de récapitulation de la question macédonienne, mérite d’être cité intégralement: “Il me semble que, de l’examen impartial de l’histoire de la Macédoine au XIXe siècle, ressort clairement et irréfutablement l’unité de race, de langue, de tradition, de sentiment national, d’aspirations, entre les Slaves qui forment la grande majorité de la population de cette région et ceux de la Thrace et de la plaine Danubienne qui constituent actuellement la Bulgarie indépendante. Ce fait, constaté bien malgré eux - par les Turcs, par les Puissances en 1876, par la Russie à San-Stefano, et plus tard, par les Serbes eux-mêmes dans l’accord du 29 février 1912, enfin par les Grecs, dans la convention d’émigration de 1919, ne peut être effacé par des guerres et des traités. Tant qu’il n’en sera pas tenu compte, la question macédonienne restera ouverte et sera une cause d’inquiétude pour les pays intéressés et pour l’Europe entière, comme elle l’a été pour la Turquie jusqu’en 1912” (p. 30-31).
En 1930, paraît le livre de l’éminent avocat français Georges Desbons La Bulgarie après le Traité de Neuilly. 44 L’ouvrage renferme des renseignements fort intéressants aussi bien sur l’histoire de la Bulgarie en général, que sur la question qui nous préoccupe, concernant l’appartenance ethnique de la Macédoine. Dès le début, l’auteur annonce qu’il écrit son livre en toute franchise, avec un sens de responsabilité. “J’ai étudié sur place, à diverses reprises, les angoissants problèmes bulgares et je ne me suis décidé à livrer ces pages au public qu’après onze années de recherches, d’investigations, de réflexions...” (p. 5). L’auteur ne recherche que la vérité, accusé souvent de se laisser manipuler par des renseignements inexacts. Ces reproches viennent surtout du côté serbe ou grec, mais Desbons juge particulièrement inacceptable le comportement de certains de ses compatriotes. “Bien des Français, écrit-il, - même au Parlement, qui, cependant en régime démocratique, devraient être une académie d’hommes instruits et intelligents - ne voient les questions d’Europe Orientale que selon Bucarest ou selon Belgrade, selon leurs sympathies ou leurs affinités personnelles, selon leurs relations, parfois féminines, ou même, tout simplement, selon les hasards de l’existence. Je dois la vérité, même brutale, même désagréable, aux Bulgares, les premiers” (p. .
Pour comprendre la politique bulgare, il faut, de l’avis de Desbons, connaître l’histoire bulgare. C’est suivant cette logique que l’auteur arrive à la constatation suivante: les Macédoniens, Bulgares de race, sont toujours à attendre leur liberté, car ils ne font en réalité que changer de maître (p. 48). Desbons consacre aux problèmes macédoniens un chapitre à part, le chapitre III de son livre La Macédoine. Question vitale et brûlante (p. 141-222). Passant en revue certaines affirmations selon lesquelles les Macédoniens ne sont pas des Bulgares, Desbons avance de nombreux arguments, en remontant jusqu’au Moyen âge, à l’appui du caractère bulgare de la population. Il dit plus loin que si les regards des Bulgares macédoniens ont toujours été tournés vers la Bulgarie, cela tient à la parenté au niveau de l’ethnographie, de la langue, des traditions. Car, précise l’auteur, quoiqu’en puissent penser les Grecs ou les Serbes, le Macédonien est Bulgare par son origine. C’est une vérité bien connue! (p. 200).
Dans son ouvrage, Georges Desbons se livre à une analyse fondamentale des événements avant et après le Traité de Neuilly, dont il faut chercher la cause dans le Congrès de Berlin de 1878. “Ainsi pour des motifs égoistes, les grandes Puissances, fouettées par Bismarck, ont éludé le problème bulgaro-macédonien... “ (p. 441-442). L’auteur estime que la situation créée à la suite de ces réactions n’est pas normale. Il considère qu’il est urgent de chercher une solution pour la population de la Macédoine cruellement maltraitée par les Grecs ou les Serbes. Desbons entrevoit la possibilité de la création d’une Fédération slave méridionale ou d’une Fédération balkanique, ce qui fait sortir l’analyse des cadres thématiques du présent exposé. Toujours est-il que le livre est très intéressant par les solutions variées que propose Desbons, et qui montrent à quel point il connaît le passé de la région géographique qu’il examine. L’auteur fait comprendre au lecteur français la vérité sur l’identité bulgare de la Macédoine qui, ébranlée par les secousses de l’histoire balkanique impétueuse des dernières décennies, ne peut suivre son évolution normale. En outre, Desbons se réfère dans son livre à des dizaines d’auteurs étrangers - allemands, anglais, russes italiens, tchèques, etc.- qui partagent entièrement son avis à ce sujet.
Le livre de Georges Desbons commence par une préface assez brève, mais consistante, qui appartient à la plume de Justin Godart, éminent homme politique, sénateur et ex-ministre français, qui apprécie hautement les qualités de l’ouvrage de Desbons. Il fait remarquer que le but de Desbons n’est pas de défendre la Bulgarie, mais d’accuser, au nom des intérêts européens et mondiaux pacifiques, ceux qui tolèrent l’injustice, qui demeurent sourds aux revendications légitimes des opprimés (p. 4).
Un autre témoin direct de la situation des régions macédoniennes est le chercheur français Henri Pozzi. Dans son livre La Guerre revient, paru en 1923 45, il consacre de nombreuses pages à la Macédoine. Pozzi a visité à plusieurs reprises les régions conquises par les Serbes. Son passeport français lui permet de voyager à travers le pays et de voir de ses propres yeux les actes de violence perpétrés à l’endroit de la population locale par les autorités yougoslaves (il précise qu’il s’agit en réalité de l’administration serbe). Il reconnaît lui-même que son livre lui a valu beaucoup d’ennuis. Et pourtant Pozzi n’hésite pas à dire la vérité à la suite des nombreux voyages qu’il a effectués à travers la Yougoslavie. Tout ce qu’il énonce dans son ouvrage, il l’a vu, constaté, vérifié par lui-même. En sa qualité de Français, Pozzi se sent honteux du soutien que sa Patrie a accordé aux Serbes, leur permettant d’instaurer ce régime cruel à l’égard de la population locale qui, insiste-t-il, est bulgare.
Après avoir passé en revue la situation, ainsi que l’attitude envers les Croates, les Slovènes et les Hongrois, Pozzi s’arrête longuement sur la Bulgarie et la Macédoine dans le chapitre intitulé Choses et Gens de Bulgarie (p. 161-293). S’étant familiarisé à fond avec la situation de la Macédoine du Vardar, il souligne expressément que les Slaves macédoniens sont des Bulgares. Il énumère les actes d’arbitraire perpétrés sur la population, en n’hésitant pas à citer les noms des représentants de l’administration serbe qui en sont responsables. En Macédoine, écrit-il, on confisque, on arrête, on torture, on viole, on tue, légalement, tranquillement, abjectement (p. 267).
Pozzi estime que les manifestations de révoltes de la population en Macédoine sont l’expression de la lutte légitime de libération: autrefois de la dominantion turque et à présent, de la domination grecque et serbe. La lutte que l’ORIMA mène après la Grande Guerre est une lutte héroïque de libération d’un million de Bulgares résidant en Macédoine. Il dénonce avec indignation les procédés barbares qu’appliquent les autorités serbes pour étouffer la conscience nationale bulgare chez les Macédoniens. Après plusieurs rencontres avec des leaders légaux ou illégaux du mouvement national bulgare, l’auteur juge équitables ses efforts pour se libérer, sa lutte pour l’obtention des droits humains les plus élémentaires. Il vise par ses témoignages à démontrer aux Français que la Yougoslavie, créée au prix du sang versé par des centaines de milliers de soldats français et, soutenue essentiellement par des moyens français, fait preuve d’un comportement inhumain à l’égard des Bulgares macédoniens.
Ce livre paraît 15 ans après la fin de la Guerre mondiale, dans les conditions d’une ample campagne de propagande antibulgare attisée par les Grecs et les Serbes, visant à désinformer l’opinion publique.
Un des plus éminents slavisants français après la guerre de 1914-1918 est le philologue André Mazon (1881-1967), membre de l’Académie Française des Belles-Lettres, professeur à l’Université de Strasbourg de 1919 à 1923, et au Collège de France, de 1924 à 1951. André Mazon travaille aussi à l’Institut des Langues Orientales vivantes de 1909 à 1914. De 1937 à 1959, il est président et, ensuite président d’honneur de l’Institut d’Etudes Slaves à l’Université de Paris, et de 1952 à 1967, vice-président du Comité international des Slavisants. Il a à son actif plus de 250 ouvrages traitant des problèmes de la langue et du folklore bulgare. Il est un des fondateurs et rédacteur de la Revue des Etudes Slaves (1921-1967).
Ayant étudié les parlers macédoniens à l’époque où Belgrade et, après 1945, Skopje, commencent à lancer toutes sortes de thèses étranges, dénuées de tout fondement scientifique, André Mazon ne doute pas un instant que tous ces dialectes font partie du groupe linguistique bulgare. Il a publié de nombreux livres à ce sujet. J’aimerais m’arrêter dans cet exposé sur un de ses ouvrages dans ce domaine: l’importante monographie publiée en 1938, rédigée en collaboration avec A. Vaillant, un autre slavisant français, intitulée L’Evangéliaire de Koulakia, un parler slave du Bas-Vardar. 46 Le manuscrit a été découvert au milieu du XIXe siècle au village de Koulakia, à 6 kilomètres de la côte égéenne, à l’embouchure du Vardar. Le prof. Mazon passe en revue les manuscrits connus jusqu’alors, qui ont une grande importance pour l’étude des parlers macédoniens, incontestablement bulgares, présentant quelques particularités locales.
Le co-auteur du livre André Vaillant, éminent lingusite français, professeur à Paris, ayant à son actif plusieurs études, où il insiste sur le caractère lingusitique et ethnographique bulgare de la population slave en Macédoine, a un grand mérite pour l’étude lingusitique dans leur ouvrage commun avec André Mazon, qui a largement contribué à enrichir la dialectologie macédonienne.
A. Vaillant a déjà publié une analyse intéressante sur le langage de lettres écrites par des prisonniers de guerre, originaires des villages de Vinitsa et de Touria 47, en Macédoine du Sud. A chaque page, l’auteur signale qu’il s’agit de parlers bulgaro-macédoniens, proches des parlers en Bulgarie et différents des dialectes du groupe linguistique serbo-croate.
Vaillant consacre une grande partie de son temps à étudier les parlers macédoniens, ce qui aboutit à la parution du livre Le problème du slave macédonien. 48 Dans cet ouvrage, Vaillant cherche à élucider la question des rapports des parlers macédoniens avec les langues bulgare et serbo-croate. En s’arrêtant sur les particularités que présentent les parlers en Macédoine septentrionale et centrale et en les expliquant par la domination serbe temporaire, il démontre la justesse de la thèse sur la base bulgare des parlers macédoniens, en avançant de nombreux exemples qui montrent la concordance au niveau de l’évolution de toute la région lingustique bulgare. Après une analyse détaillée, Vaillant conclut que, depuis les temps les plus anciens, les parlers macédoniens présentent des liens étroits de parenté avec les autres parlers bulgares. La conclusion générale de l’auteur est que les parlers macédoniens ont une base bien bulgare et diffèrent totalement, par leur structure grammaticale, de la langue serbo-croate.
Nous pouvons trouver des exemples et des témoignages à l’appui du caractère bulgare de la Macédoine chez des dizaines d’autres auteurs. Evidemment, nous sommes également en présence d’ouvrages qui nient le caractère bulgare de la population slave de la région. Rédigés le plus souvent par des auteurs qui ne connaissent pas la Macédoine, ou qui se trouvent engagés avec des milieux politiques déterminés, ces ouvrages ne jouissent pas du crédit de la science. Il n’est pas rare non plus d’assister à la parution d’”ouvrages scientifiques” qui semblent écrits sous la dictée d’historiens ou de linguistes serbes ou grecs. Il existe divers moyens d’influencer les auteurs d’Europe Occidentale pour les amener à défendre des convictions déterminées à l’avance, pour des raisons politiques ou autres, qui n’ont rien à voir avec les principes scientifiques.
Cette manière d’agir est signalée par le prof. Louis Léger. Excellent connaisseur des réalités ethniques en Macédoine, il commente, dans son livre Russes et Slaves, paru en 189649, la carte russe de Rittich, publiée à Varsovie en 1885, dont l’objectivité est une des grandes qualités. Et voilà que lors des éditions suivantes la même carte se révèle complètement modifiée: la population slave de Macédoine n’est plus bulgare. La conclusion de Léger est des plus ironiques: à la suite de la nouvelle politique adoptée par la Russie - favorable à la Serbie et hostile à la Bulgarie - la carte se trouve remaniée en faveur de la Serbie. Je cite textuellement: “ Les éditeurs pétersbourgeois, désirant être agréables aux Serbes, ont eu recours à un ingénieux artifice: ils ont donné à la Macédoine une teinte neutre, ni serbe, ni bulgare, attendu, dit une note, que c’est un pays dont l’ethnographie n’est pas encore bien connue. C’est bien le cas de répéter le mot célèbre: “Calomniez ! Calomniez ! Il en restera toujours quelque chose” (p. 199). Léger raconte à cette occasion qu’un Serbe lui avait demandé, pour des considérations “politiques”, de donner une nouvelle version de l’appartenance de la Macédoine, afin de contribuer au développement économique et politique de la Serbie. Un de ses amis grecs avait essayé, lui, de le convaincre que tout hellénophile devait obligatoirement soutenir l’appartenance de la Macédoine à la Grèce.
La réaction du savant français est très intéressante. Il s’exlame souvent à de telles occasions que le métier le plus difficile est de dire toujours la vérité. Léger oppose à ces affirmations contraires à la science et à la vérité, les affirmations d’un autre grand savant et connaisseur du problème, le Tchèque Konstantin Jireèek, professeur à l’Université de Prague. “Tous ceux, écrit Léger, qui s’occupent du monde balkanique sont obligés de recourir à son histoire (de Jireèek) et à son livre sur la Principauté” (p. 202). Plus loin, il cite textuellement ce que Jireèek a écrit à ce sujet. Selon le savant tchèque les Bulgares habitent à cette époque la Principauté de Bulgarie et quelques régions voisines en Turquie: les vilayets d’Andrinople, de Salonique, de Bitolja et de Skopje où ils cohabitent avec des Aroumains, des Albanais, des Grecs, des Turcs et des Serbes. Ils s’étendent jusqu’à la montagne de Char et aux lacs d’Ohrid et de Kostour. Léger estime de son devoir de préciser que Jireèek n’est nullemment hostile aux Serbes, qu’il a souvent visité leur pays, qu’il parle leur langue et jouit auprès d’eux d’une estime méritée.

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Voici dans quelles conditions évoluaient les recherches sur le caractère et l’appartenance ethnique de la population slave en Macédoine des plus éminents représentants de la science française. Les conditions créées après la Seconde Guerre mondiale devinrent encore plus compliquées, car la théorie sur le caractère “autonome” de la population macédonienne imposée par le Komintern à cette époque, trouva dans le cadre des partis communiste et de leurs successeurs à l’époque actuelle, de nouvelles possibilités de dénaturer la réalité historique. Dans ce sens, un rôle méritoire pour la défense de la vérité revient aux éminents représentants de la science française, qui plus d’un siècle et demi, est parvenue à présenter objectivement et impatialement la situation réelle de cette région martyre, la Macédoine, transformée non seulement en point de mire pour les convoitises étrangères, mais aussi en monnaie d’échange dans les spéculations politiques.

Bibliographie

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Credit to Macedonian Scientifique Institut ( MNI )



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